Jean-Luc Filser est un inlassable chercheur et un lanceur d’alerte que nous vous présentions le 22 janvier 2025 dans l’article 0 de l’histoire de l’Alsace-Lorraine. Bien qu’il adresse très régulièrement ses travaux aux parlementaires, par respect des institutions, il n’obtient aucune manifestation en retour si ce ne sont des accusés de réception de lecture.
Son domaine de recherches est très étendu tant dans le temps puisqu’il couvre 2 siècles particulièrement chargés d’évènements mais également complexe car il explore des archives françaises et allemandes parfois difficilement accessibles mais aussi pour certaines, rédigées en allemand gothique. Il décortique les pseudo déclarations de guerre, les armistices, les capitulations et les traités de paix sur la base desquelles fonctionnent aujourd'hui nos institutions.
Dans son dernier ouvrage, ci-joint, 180 pages reprennent ses analyses tandis que les 100 dernières sont des annexes. Le style et la présentation sont très épurés de sorte que 3 heures devraient vous permettre de parcourir son livre. Il expose des écrits, des faits dont les sources sont en annexe et questionne fréquemment. Il ne s’agit pas d’un livre d’histoire à proprement parler au sens où son analyse est bien plutôt scientifique et objective. Il déshabille les apparences, met à nu les détails, les explicite mais surtout les relie. Tel l’infiniment patient archéologue dans ses fouilles qui en vient à exhumer une civilisation encore inconnue dont les restes se trouvaient ensevelis, Jean-Luc Filser démasque ici les tenants et aboutissants d’un système, son processus. « Il s’est étendu. Il s’est normalisé. Il est devenu invisible. Et ce qui est invisible répond toujours à une logique inavouable ».
Il est question de droit coutumier européen contourné, d’un renversement fondamental mais silencieux, d’une anomalie qui devient une méthode, de guerres qui s’opèrent sans engagement, sans déclaration et donc sans responsabilité. Il s’agit d’une fiction, d’une abstraction fondatrice du droit de la guerre moderne ; guerres qui ne sont plus des décisions prises par un chef d’État mais qui sont données à vivre comme un « phénomène naturel, tel un tremblement de terre ».
Ses analyses donnent à voir une « mécanique administrative qui s’emballe » dont personne, officiellement n’est aux commandes, « une chaîne administrative et militaire où chacun agit sans jamais assumer l’acte final ». Les signataires ne sont plus des chefs, des souverains, l’expression d’une volonté souveraine ou même des assemblées parlementaires mais des « concepts ».
Le mécanisme de cet outil administratif est devenu un mode opératoire international qui a coûté la vie à des millions d’hommes. « La nation souffre. Le peuple paie. Mais les décideurs demeurent juridiquement insaisissables. »
Les analyses portent sur des décennies et démontrent qu’il ne s’agit aucunement d’omissions ou d’accidents mais bien d’une volonté délibérée, entérinée de façon à la rendre irréversible puis confirmée bien que savamment dissimulée « d’agir au nom du peuple sans engager celui qui devrait en répondre ». Une « mécanique de l’irresponsabilité », véritable architecture qui ne peut être regardée comme une dérive.
Une gouvernance dans un monde où la guerre n’est jamais close, où le pouvoir réel et de fond ne change pas malgré ses différentes apparences et où la paix est juridiquement neutralisée.
« Ce régime permet une substitution complète de souveraineté sans acte de transfert, un exercice du pouvoir sans reconnaissance, une administration sans responsabilité internationale réciproque. »
L’Alsace-Lorraine est un exemple frappant : le droit du reich est en somnolence et recouvert par nécessité politique. La Cour constitutionnelle fédérale de Karlsrühe a affirmé que le Reich allemand n’avait jamais cessé d’exister en droit.
À la lecture de cette étude, on ne peut s’empêcher de voir dans l’ouvrage de Jean-Luc Filser, une description de la mise en place technique d’un système totalitaire tel que le décrit finement le Dr Ariane Bilheran dans Psychopathologie du totalitarisme, ouvrage dans lequel elle « appréhende derrière la diversité du décor des systèmes totalitaires […] l’articulation de leurs processus, de leurs mécanismes et leurs structures, en d’autres termes, leur essence. » On retrouve cet art de la guerre pour ce pouvoir politique « le plus destructeur qui soit », ces « parties qui interagissent les unes avec les autres » pour former un ensemble qui persiste même si l’on élimine les figures identifiées.
On voit confirmé cet « état d’exception, qui concentre tous les pouvoirs, n’est plus limité dans le temps [ et dont] l’ambition illimitée se renouvelle perpétuellement et devient une norme […] et l’ambition d’une domination totale ». Enfin les mots de Jean-Luc « le droit ne précède pas le pouvoir, il le suit » font écho à ceux du Dr Bilheran : «Plus le système totalitaire se met en place, plus le pouvoir s’arrange pour faire advenir dans le réel ses prédictions mises en scène dans la narration idéologique. »
Comme le souligne Le Dr Bilheran, « Ce système totalitaire se nourrit de l’adhésion des masses ». Voilà pourquoi les travaux de Jean-Luc Filser font de lui un véritable lanceur d’alerte.
L'histoire se répète, elle ne bégaie pas, ici : Télécharger 20pas